C’est définitivement un péché mignon, ces titres et ces photos d’illustration totalement décalées. Je suis certain que vous pensez découvrir un article d’une teneur négative. Perdu, il sera au contraire positif ! Reconnaissez que je vous ai bien eu… Non ? Ah … Bon d’accord, vous ne voulez pas l’avouer. 😀  En tout cas, reconnaissez qu’une image accompagnée de quelques mots peuvent avoir un impact considérable sur l’idée que nous pouvons nous faire de telle ou telle chose (ce qui est communément appelé un jugement hâtif). Cette introduction n’est pas anodine : La personne que je souhaite mettre en valeur à travers ce billet m’a donné une bonne leçon en matière d’a priori : Je suis sur le point de vous parler de ma rencontre avec Greg Waden.

Greg Waden est lui aussi un écrivain romancier. Si vous avez lu Saphyra, alors vous l’avez déjà croisé, tout du moins ‘virtuellement’ (mais si, ce passage onirique vers le milieu du bouquin, en fin de chapitre 17). Il fait partie de ces nombreux œufs de Pâques que j’ai malicieusement dissimulé au gré de mon écriture. Et oui, sa présence dans le bouquin est une dédicace honorifique que je lui avais promise. Mais… Je me rends compte que je commence par la fin… Je reprends…

Nous sommes donc en octobre 2011 (5 ans, déjà !), j’ai 26 ans et j’officie en tant que correspondant local wavrinois pour le journal La Voix Du Nord depuis à peine un mois. A ce moment, cette mission est encore toute fraîche et les rencontres qu’elle provoque sont souvent surprenantes. Surtout quand il s’agit de personnages comme ce bon vieux Greg. L’agence me demande d’annoncer le premier salon du livre de Wavrin. Pour cela, elle me propose d’écrire un sujet sur un auteur local dont le premier roman vient d’être publié et qui sera présent lors de l’événement pour le présenter à ses concitoyens. Proposition que j’accepte sans hésiter et qui changera une partie de ma vie ; Si je l’avais refusée, je ne serais certainement pas en train de taper ces lignes en ce moment même.

Je le contacte par téléphone et je suis surpris d’entendre un parler sonore et à la couleur très… Comment dire… Nord-Pas-De-Calais. Jusqu’à ce jour, je m’étais fait une idée des écrivains comme des personnages calmes, posés et discrets, voire distants et hautains. J’ai ici à l’autre bout du fil le strict opposé. Mon interlocuteur est avenant et amical. Il reçoit l’appel avec enthousiasme et m’invite à venir chez lui du lendemain. De son statut d’auteur partant de rien, il voit sa future parution dans le journal comme une opportunité à saisir.

Mardi soir, je suis en route pour son logis, à pieds car il n’habite pas si loin de chez moi. J’ai une appréhension car il vit dans ‘les appartements’ et ce quartier de Wavrin n’a pas la plus belle des renommées. Je vous épargne les rumeurs (maintes fois vérifiées par la BAC) de dealers de drogue et autres nuisibles (bon, ce n’est pas non plus le 93), toujours est-il que je suis curieux de découvrir un intellectuel dans un endroit ne lui correspondant pas. Ne soyez pas surpris par la bêtise de mes derniers propos: J’ai sincèrement pensé cela, vous savez, toujours cette histoire de jugement hâtif. Aujourd’hui, ma vision de ces choses est à des années lumières. Et c’est ici que j’en viens à parler de la photo que j’ai choisie pour illustrer ce texte: Influencé par mes préjugés, cette image représente (de manière un tantinet abstraite) la vision que j’avais des appartements. Au final, maintenant que j’y suis, ce n’est pas si cauchemardesque. Bien entendu, il y a plus élégant, mais cela semble vivable !

Je toque et Greg Waden vient m’ouvrir. Dans l’accueil, il n’est pas différent du personnage que j’ai eu la veille au téléphone. Nous prenons place dans son salon, nous sommes seuls, j’ai deux heures devant moi avant l’entraînement de handball. C’est bien assez pour m’imprégner de l’auteur que j’ai face à moi. Je le préviens que je suis du genre à laisser beaucoup parler, en intervenant assez peu. Cela ne semble pas le déranger outre mesure, cela l’arrange même car une fois parti, il est un véritable moulin à paroles. Il me parle de son livre, de sa vie, de ses joies et ses galères, de ce qui l’a amené à tenter l’expérience de l’écriture, de sa lutte pour rechercher un éditeur, de ses projets, du second livre qu’il a déjà démarré (car son roman Un Monde Sans Nom, est le premier d’une trilogie qu’il a déjà en tête).

Les secondes et les minutes passent sans que je m’en rende compte. Tout ce dont j’ai conscience, c’est que cette rencontre ne fait pas que lui apporter une occasion de paraître dans le journal. Cette rencontre m’est également profitable. J’absorbe ses paroles et j’emmagasine toute l’expérience qu’il me dispense généreusement. J’ignore s’il le sait à ce moment précis, mais il est en train de m’aider à donner naissance au romancier que je suis maintenant. Ce Greg Waden me donne une bonne leçon et rend abordable l’écriture d’un projet d’apparence aussi long et compliqué. “Ce gars vit simplement, sans chichi, il a compris le sens de la vie. Il semble partager la même vision des choses que moi. Il ne paye pas de mine et pourtant ce gars est balèze, il a été jusqu’au bout, il a écrit son livre ! Alors pourquoi pas moi ?”

Au vu de la tournure que prend cet échange, je ne suis pas surpris de le quitter pour arriver bien en retard au handball après lui avoir acheté son livre. D’ailleurs mon corps est bien arrivé à l’entraînement… Mais pas mon esprit. Cette rencontre est de la trempe de celle qui change une vie.

Son livre est aussi surprenant que lui. Si je vous parlais de son parler estampillé région Nord-Pas-De-Calais, il est impossible de l’identifier lorsque nous le lisons. C’est bluffant. Pour info, son roman relate les péripéties de deux ados aficionados de jeux de rôles qui se retrouvent catapultés dans un de ces univers heroic fantasy qu’ils ont l’habitude d’explorer à l’aide de leurs dés et de leur imagination. Il se lit assez facilement. Il me fait sourire car avec du recul, il me rappelle mon premier. L’écriture s’affine tout au long de l’avancement du livre.

Ce Greg Waden est aujourd’hui un ami. Il continue à m’offrir ses tuyaux à propos de l’écriture et l’auto-édition. Nous avons à cœur de monter une association pour promouvoir l’écriture à Wavrin, un projet qui nous conduit même à co-écrire une pièce comique (de son idée originale) et il faut le dire… C’est un beau bordel ! Je continue à apprendre à son contact. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai respecté la promesse que je lui ai faite en marquant mon tout premier roman de son empreinte. Il le mérite ! Merci mon bon Greg. 😉