Un mois plus tôt, je franchissais le seuil de la Ruche aux Livres: Cette librairie indépendante faisant face à la mairie de Wavrin, réputée pour son dynamisme et sa grande implication dans de nombreux projets d’animations locales et régionales. Il faut dire que son gérant, Olivier, a le bras aussi long qu’il est passionné par son métier. C’est ce dernier qui m’accueillait. Je me présentais en tant qu’écrivain local auto-édité et lui offrais un exemplaire de Saphyra et de Nouvelles de la Surface. Je lui faisais part de ma démarche : J’avais testé mes écrits en les proposant à un premier cercle intimiste, composé très majoritairement de proches et d’amis de mes parents. Les retours étaient plutôt positifs et il était temps pour moi de viser un autre lectorat, composé d’esprits moins concernés par mon amour-propre. Rapidement, Olivier me proposait de participer en tant qu’auteur au salon du livre qu’il organisait à Annoeullin, quelques semaines plus tard. Pour un nouvel auteur inconnu dans le milieu et avide d’expérience, il n’était pas concevable de refuser…

Il est 8h10 et la sonnerie du réveil a déjà retenti par 3 fois. Fidèle à mes habitudes de noctambule, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller me coucher tard la veille. Je dois me contenter de ces 3 heures de sommeil perturbées par un flot de questions en boucle à propos du déroulement de cette journée si particulière. Je me regarde dans le miroir et je constate que mon visage sera marqué par la fatigue. Cela ne me perturbe aucunement, mon enthousiasme prend le pas sur tout autre sentiment.

J’arrive à la salle à 9h15, pile à l’heure du rendez-vous pour les différents acteurs de la journée : Auteurs, représentants d’associations, éditeurs, hôtesses d’accueil et une poignée de bénévoles. Je devine que l’équipe de la Ruche est déjà présente depuis un bon moment. Bon timing, nous sommes invités à une salle à l’étage pour démarrer la journée autour d’un petit-déjeuner (qui s’avérera généreux). Premier fait amusant : Alors que je n’ai pas encore échangé avec quiconque, lorsque je gravis les marches pour rejoindre l’étage, un homme se place à mon niveau. Il porte tout un harnachement pour supporter une caméra. Il entame la discussion par un “Vous êtes Jack Sellaire ?” Par réflexe, je me demande si je suis bien réveillé. Comment puis-je être reconnu alors que je débarque littéralement dans ce milieu ? Toujours est-il que je juge la situation cocasse, j’approuve bien entendu poliment et le dialogue se développe. Il m’explique qu’il a déjà fait le tour des stands et a vu mon visage sur la 4ème de couverture d’un de mes livres. J’en déduis que dans ce milieu, ils se connaissent déjà tous les uns les autres. Il est logique qu’un nouveau nom attire quelques curiosités.

Plusieurs élus locaux rejoignent l’assemblée, s’ensuivent de courts discours de l’adjointe représentant le maire (visiblement) absent et d’Olivier. Puis le moment attendu des ‘agapes’, parfait pour m’aider à me réveiller. Je contemple la scène, j’ignore encore qui est qui, il s’avère que chacun trouve à qui parler. Oui, pour le moment, je suis l’alien de la bande mais là aussi, l’enthousiasme conserve le dessus. Je me restaure et pendant ce temps mes yeux capturent un maximum d’informations sur le comportement de mes ‘confrères’ et ‘consœurs’. L’observation est la mission première que je me suis fixé pour cette journée.

Il est 10 heures pétantes, je descends découvrir mon stand. Mes livres sont déjà sur place bien positionnés sur la table, l’un d’eux est posé sur un présentoir. Un écriteau présente mon pseudonyme (en plus, bien orthographié !). Ce genre de chose, en plus du petit-déjeuner, du déjeuner et des boissons offerts. Je ne peux comparer avec ce qu’il se fait ailleurs, j’ai néanmoins le sentiment que l’organisation est au top et que les auteurs sont choyés. Les autres acteurs investissent progressivement leur stand et je suis surpris de voir que mon voisin de gauche est déjà attendu par quelques aficionados de ses écrits.

Le salon fermera ses portes à 18h, ce n’est qu’à ce moment que je réalise qu’il durera 8 heures, ce qui pourrait être long au cas où mes bouquins n’intéressent personne. Fort heureusement, la visite d’amis tout au long de la journée ont pas mal comblé les moments creux. (merci au passage à Greg padawan, Greg Waden, Alain, Alice, Alexis, Rémi, Laurence, Jean-Yves, Céline et Valérie pour avoir fait le déplacement) Et les moments creux, il y en aura. Au risque de me répéter: C’est logique, je débarque et ne suis attendu de personne.

… Et cela se ressent sur le nombres de livres estampillés Jack Sellaire qui partiront aujourd’hui. Sur les 40 disposés devant moi, beaucoup retourneront dans les cartons en fin de journée. Mais ce n’est pas le plus important. Je suis venu avec l’idée de réaliser l’étrange fantasme qui habitait mon esprit depuis le jour où j’ai vu Greg Waden au premier salon du livre de Wavrin il y a quelques années. Et oui, tout est de sa faute ! Ce jour là, je me souviens avoir dit “Plus tard, je serai moi aussi derrière ces tables, à dédicacer des bouquins”. Ma présence ici est donc l’aboutissement d’un objectif de vie personnel. C’est idiot à dire : Bien que peu de visiteurs du salon s’arrêtent à mon stand, je suis là et cela représente pour moi une belle victoire.

En début de matinée, Olivier -équipé de son micro- fait le tour de la salle accompagné du groupe d’élus locaux et prend le temps de présenter chaque acteur du salon. Il me connait à peine mais a déjà lu Saphyra : Il leur explique avec ses mots que je suis le petit dernier du salon et que je détient un fort potentiel si je persiste, il me souhaite aussi de trouver un éditeur. Je suis lucide, je sais pertinemment qu’en bon commerçant, il ne crachera jamais sur un des exposants qu’il a pris le soin d’inviter, pas devant les visiteurs. Je sens cependant de la sincérité dans ses propos et les apprécie donc d’autant plus.

C’est mon ‘parrain de roman’ qui se charge de m’encourager en faisant disparaître le premier de mes livres. Il ne s’était pas encore procuré ‘Nouvelles de la Surface’. Peu de temps après, un ami d’enfance que je n’avais pas revu depuis un moment m’embarque Saphyra. Et… en termes de ventes ce sera tout jusqu’à 17h30, une demi-heure avant la fermeture.

Peu avant la pause repas de midi, Adeline Dias m’approche, le visage souriant. Elle est écrivaine, spécialisée dans les romances. Je la devine quelques années plus jeune que moi, elle est plus expérimentée niveau écriture et a déjà pas mal de salons du livre derrière elle. Échanger avec elle est un régal, elle m’offre ses conseils que j’enregistre avec attention. Elle m’explique également que les salons servent aussi beaucoup à rencontrer les autres auteurs, à se tisser un réseau, qu’il ne faut pas hésiter à échanger avec eux par le biais d’internet pour toucher leurs lectorats. Si on m’avait dit qu’il faut que je sois sociable… 😀

Retour à l’étage pour partager le déjeuner. Mon voisin de gauche de la journée devient également mon voisin de gauche de repas mais c’est surtout avec ma voisine de droite que j’échange. Elle travaille pour l’éditeur A Contresens et lorsque je l’apprend, je blague en lui confiant que je surveille à ce qu’elle ne vole pas dans mon assiette. Les éditeurs ont cette sale réputation de s’engraisser sur le dos des malheureux auteurs. Amusée, elle me répond que leur politique de rétribution des écrivains est justement à contresens et qu’ils encouragent l’écriture en proposant de plus grosses royalties qu’ailleurs. J’ignore encore ce que cette maison vaut. En revanche, ce que je n’ignore pas, c’est que je suis bien nul car à aucun moment je ne lui demande son nom. Ah, quel amateur…

L’après-midi passe, il est 17h30 et mes 38 captifs n’ont pas bougé d’une page. Olivier fait le tour des auteurs, il me demande combien de mes bouquins sont partis. 2 ! Il me rassure en m’expliquant que les salons peuvent se montrer très aléatoires et que les premiers sont de toute façon toujours difficiles. Là encore, mon enthousiasme est toujours là et de n’en avoir vu partir que 2 ne m’a pas affecté le moindre instant. C’est ici qu’intervient mon voisin de gauche qui avait assisté à l’échange en lançant un “Je vais te faire doubler ton chiffre, je te prends les 2.” salutaire. Lui fais-je pitié à ce point ? Pas certain, il avait déjà montré de l’intérêt pour mes 4èmes de couverture plus tôt dans la journée. Il m’avait par ailleurs relaté que les thèmes abordés lui rappelait ses premiers écrits. Depuis tout à l’heure, je parle de lui comme de mon voisin de gauche, il est temps de vous présenter ce bon samaritain : Emmanuel Prost, romancier à la belle allure que j’ai secrètement (non, pas tant que ça en réalité) observé toute la journée. D’autres appellent cela le mimétisme. Toujours est-il que s’inspirer de ceux qui tournent le mieux n’est jamais une mauvaise idée. Et pour tourner le mieux… J’étais surpris de voir certains visiteurs prendre des photos avec lui. Amusant ! Peut-être un nouveau challenge personnel à atteindre ? Pour en revenir à Emmanuel, je ne l’ai pas encore lu, mais s’il tourne, c’est que ce doit être bon. Et puis, maintenant qu’il m’en a acheté 2, je suis contraint de le trouver sympathique ! 😀 Je plaisante, en tout cas je lui ai promis de lui acheter ‘Kamel Léon’, un roman un peu décalé par rapport à ce qu’il écrit habituellement. L’histoire d’un gars qui acquiert un pouvoir de change-forme (de changer de peau), qui en profite un peu, beaucoup, trop… Comme il me le disait plus tôt dans la journée, dans l’esprit, cela ressemble à mes écrits.

Et la dernière demi-heure n’est pas terminée. La ville d’Annoeullin achète un livre à chaque auteur pour sa médiathèque. Je vois du coin de l’œil une femme qui m’en embarque un 6ème, sans demander de dédicace. Je ne peux pas lui blâmer cela, elle a du voir mon écriture. J’aurais sans doute fait de même à sa place. Enfin, il est presque 18h et en guise de scène finale, une ado de 17 ans – sa mère à ses côtés – hésite entre mes deux bouquins. Après un échange sympathique, elle me tend Saphyra pour la dernière dédicace du jour.

Le bilan numéraire est de 7 vendus. Je trouve cela pas si mal pour le débutant que je suis et pour un salon de cette ampleur. Et puis, pour reprendre les propos d’Adeline, nous n’en vivons pas, alors tout cela n’est que du bonus. Le bilan moral est lui exceptionnel. L’expérience est riche en enseignements. Plusieurs auteurs m’ont donné le même conseil: Continuer à bouger, faire le plus de salons possible, cela finit par payer.

Le salon est fermé, la plupart des acteurs de ce jour sont déjà partis, je termine ma discussion avec ce bon vieux Greg Waden, puis je remercie chaleureusement l’équipe de la Ruche aux Livres pour m’avoir invité et pour leur professionnalisme. Je quitte la salle en pensant à ce que je ferai une fois rentré: Éplucher les calendriers des futures manifestations littéraires. C’était ma première fois, il y en aura d’autres.