Je l’attendais ce coup de fil : Celui du transporteur en bas de la porte ne sachant pas sur quelle sonnette d’interphone (hors service) appuyer. Je ne me fait pas prier pour descendre à sa rencontre. C’est l’instant de vérité ! L’angoisse traditionnelle que je connais par cœur monte. Pour avoir commandé bon nombre de flyers et de cartes de visites dont la conception graphique était de ma responsabilité, je connais très bien ce sentiment. Cette angoisse était cette fois ci d’autant plus importante que j’avais investi une somme inhabituelle dans ce projet, sans parler de toute l’énergie cérébrale (et physique aussi, car cela nécessite une véritable endurance) dépensée à écrire ces 80.000 mots.

L’attitude cool du jeune livreur donne le ton. Les deux cartons sont dans un état irréprochable, le tout bien emballé. Tout cela semble correct, mais par précaution je brandis le cutter de ma poche pour vérifier le contenu du premier paquet. Généralement les livreurs s’impatientent dans ce cas de figure, pas celui-ci, réconfortant ! Par respect pour lui, je tente quand même d’être rapide malgré le solide emballage (ou la faible efficacité de mon cutter). Ca y est, je suis parvenu à percer ce coffre fort en carton, j’aperçois plusieurs tranches de mes nouveaux livres. J’en attrape un, il est beau comme un sou neuf. Je libère le chauffeur, il a accomplit sa mission.

Je monte rapidement les deux cartons dans l’appartement, l’impatience du gamin au matin de Noël prend le dessus sur moi. Cela amuse la petite femme qui partage ma vie. Je prends plus de temps pour inspecter le livre, d’abord la couverture. Puis l’intérieur. Tout semble parfait…ou presque. L’ombre derrière mon portrait est sensiblement pixelisé et en tant que perfectionniste, une petite déception me gagne mais elle est vite chassée par l’euphorie de vivre ce moment. J’ai tant attendu de l’avoir entre les mains. Psychologiquement, je ne pouvais pas me considérer comme un romancier à part entière tant que je n’avais pas eu ce saint graal entre les mains.

Maintenant je me retrouve avec cent bouquins, une nouvelle aventure commence. Je dois trouver 100 lecteurs, ou plutôt 99, car à l’instar de Picsou et son sou-fétiche, le 1er livre que j’ai sorti du carton sera mon livre-fétiche. Je m’en vais de ce pas me l’auto-dédicacer.