En guise de décrassage après 6 mois sans écrire, je me lance dans un billet d’humeur. 6 mois, cela en laisse du temps pour prendre du recul, cogiter. Je viens livrer tout cela ici comme j’aime faire : Pas de plan, j’expose comme cela me vient.

Il s’en est passé des choses ces derniers mois et non des moindres : déménagement suivi de très près par l’arrivée d’un bébé. Et oui, Jack Sellaire est devenu papa. Bon je vous épargne les pensées ‘gnangnan’ sur ‘le bonheur d’être père’, ce n’est pas mon style bien que je sois ravi de mon nouveau rôle. En tout cas, force est de constater que cela altère pas mal l’agenda. Rien de bien méchant, je m’y fais, et puis ce bébé n’était pas la cause de cette longue période sans écrire. C’est même l’effet inverse qui a tendance à se produire. L’envie revient peu à peu, seul une grosse charge de travail m’empêche actuellement de m’y remettre.

Nous étions donc restés sur le chapitre 23 du roman en cours d’écriture ‘Wavrin FM’ avant le ‘blackout’ comme disent les anglo-saxons ! Dans mon cas, ce blackout est la suite logique d’un écœurement qui germait déjà depuis la fin d’année 2016. Et c’est le moment d’en parler. Je m’étais retenu de le faire jusqu’à ce jour mais un nouveau couac me donne envie de changer mon fusil d’épaule : Le week-end prochain se déroulera le salon du livre de ma ville. Pensez-vous que j’y suis invité à présenter mes deux ouvrages ? Que nenni. Pourquoi faire ? Je ne suis que l’auteur local. C’est bien mieux d’inviter la même ribambelle d’auteurs régionaux que l’on rencontre systématiquement à chaque salon du livre du secteur. Et ce n’est pas faute d’avoir rappelé à notre cher libraire local passionné lors du dernier salon auquel j’ai participé que j’étais partant et motivé pour celui de Wavrin. Non, clairement, il s’en tape. Et je continue à ne pas comprendre pourquoi…

Je ne suis pas fermé à la critique, bien au contraire. Je peux totalement accepter qu’on n’aime pas ce que j’écris, ou ce que je fais. C’est le jeu de tout ce qui touche l’art et donc la littérature et l’écriture. Tous les retours que j’ai à propos de Saphyra ou de mon recueil de nouvelles ne sont pas élogieux, cela je l’accepte. Mais là, il y a quand même des choses qui m’ont échappé sur ces derniers mois et qui m’échappent encore. Si quelqu’un a une quelconque réponse à mes interrogations, qu’il m’en fasse part dans les commentaires, je le lirai avec plaisir, il y a forcément quelque chose qui m’échappe.

Commençons donc par l’énigme du libraire local indépendant. Je vous donne les éléments en ma possession : Il est installé depuis une dizaine d’années à Wavrin et s’avère être bon commerçant et plutôt actif niveau animation de la ville. Il lance l’organisation d’un salon du livre wavrinois, puis un salon de l’artisanat. Bref, il est clairement dans l’esprit de valoriser les richesses locales. Un beau jour, un petit jeune (oui, c’est de moi qu’il s’agit) qu’il ne connait ni d’Eve ni d’Adam entre dans sa boutique, il se présente en tant qu’auteur débutant wavrinois et lui offre un exemplaire de ses deux bouquins auto-édités. Sur le moment, il propose au petit jeune de participer au salon d’Annoeullin ayant lieu quelques semaines plus tard. Le jeune écrivain accepte forcément avec grand plaisir, ce sera son premier salon en tant qu’auteur. Tout se passe bien à ce niveau pour lui, il vit l’expérience pleinement, après coup, un détail le turlupine. Il a vu partir 7 de ses livres, mais sur les 40 livres qu’il a confié au libraire pour composer le stock destiné aux ventes du salon, il vient retirer un carton de 35 bouquins pour donc uniquement 5 de facturés. Il est pourtant persuadé d’en avoir vu partir 7. Il comprend alors que le libraire a glissé dans le stock invendu les 2 bouquins qu’il lui avait offert. Ce dernier en a vendu 7 mais facturé que 5 au jeune auteur qui décide de ne rien dire, laissant le bénéfice du doute, préférant croire à une étourderie.

Une étourderie à laquelle je ne crois plus depuis un moment. J’avoue même n’y avoir jamais cru. J’avais déjà entendu quelques témoignages à propos d’actes limites de notre bon libraire local passionné mais j’ai voulu voir par moi-même. Et bien j’ai vu. Bon, cet épisode ne m’aide pas à comprendre pourquoi il agit de la sorte. Parce que cette anecdote sur sa petite astuce de grippe-sou du dimanche m’amuse plus qu’autre chose. Ce que je ne saisis pas, c’est qu’il n’a jamais cherché à mettre en vente mes livres dans sa boutique. Je ne saurai jamais si c’est vrai (j’ai quand même ma petite idée) mais il m’a confié avoir lu Saphyra et avoir trouvé ça pas mal. Vous voyez ce qui coince ? Je me mets à sa place : Je suis libraire indépendant dans un petit bled comme Wavrin, j’ai un écrivain local à portée de main, je le mets en valeur. Outre l’entraide entre concitoyens, l’argument de vente ‘oui oui, c’est un petit gars de chez nous qui a écrit ça. Vous voulez l’encourager ? Prenez son bouquin, il est pas mal en plus pour un premier.’ est imparable. Et puis il a forcément des relations qui seraient ravis de venir l’acheter en boutique. Non vraiment, je n’ai rien à perdre, ses bouquins sont en dépôt-vente, je n’ai pas à payer ses invendus, j’ai juste besoin d’un petit espace pour en stocker quelques uns.

Je n’en rajoute pas plus à propos de notre bon libraire. Le but de ce billet n’est pas de le descendre mais plutôt de vous exposer ce qui m’a dégoûté de l’écriture. Je n’ai rien contre lui, je le trouve même plutôt compétent et actif dans son métier. Peut-être est ce aussi une question de gueule. Peut-être que la mienne ne lui revient pas, après tout, pourquoi pas ? Allez, passons à autre chose.

Notre bonne vieille mairie de Wavrin. Nouvelle équipe municipale depuis 2014. En plus, des copains ! (enfin, peut-être pas au final) Ils savent que j’écris, ils savent que j’ai publié deux ouvrages. Notre bon maire et quelques élus les ont vus lors d’une festivité locale. Pensez-vous que j’ai reçu la moindre invitation à être publié dans le bulletin communal ? (même après avoir ‘pas du tout’ subtilement glissé l’idée dans le creux de l’oreille du responsable de communication de la ville chargé de cette mission) Que nenni ! Un écrivain à Wavrin, ce n’est pas assez original. Il faut dire que j’ai souffert face à des rivaux de taille : Nous avons par exemple eu le prestige (selon certains) d’avoir une miss Nord Pas de Calais wavrinoise fin 2016. Et oui niveau concours de popularité, la plume de l’écrivain se fait massacrer la tronche par la mini jupe de la miss. Bon j’ai pris cet exemple car c’était le plus significatif. D’autres farces d’un intérêt plus que limité ont été mis en avant dans ce magazine. Après, tant mieux pour eux, et puis ça tombe, je suis le seul à trouver ces choses d’un ennui mortel.

J’ai contacté la correspondante locale de La Voix du Nord en me signalant comme sujet potentiel en début d’été 2016. Sans m’imposer, je lui ai expliqué par mail que j’avais également été correspondant local quelques années plus tôt et que je savais que le journal était plus compliqué à remplir durant la période estivale. Elle m’a promis de me recontacter. J’ai fini par la revoir un mois plus tard… Mais pour nous photographier mon épouse et moi lors de notre mariage en sortie de mairie, et c’était tout. Rien à foutre de mon cas.

Finissons par mes chers concitoyens et cette magnifique expérience de Wavrin FM. J’étais enthousiaste d’écrire quelque chose sur ma ville, j’en avais fait part ici. J’avais l’intention d’inclure dans mon récit quelques invités spéciaux (avec leur accord). Je n’en étais pas certain à 100 % mais je me projetais sur un projet qui éveillerait l’intérêt des wavrinois. Un écrivain parle de leur ville ! La fierté de son clocher ! (mmm, ça existe cette expression ?) Au bout d’un moment, je relève la tête de mon guidon et je me rends compte que mon récit n’est pas suivi. A part le jour où j’ai exposé mon projet sur Facebook durant lequel j’ai eu deux bonnes centaines de visites et un ou deux commentaires d’encouragements (et même pas ici, sur mon site), rien. Pas plus de visite, pas d’engouement. Mes concitoyens n’en ont rien à foutre de mon histoire. Ok, ok, bon, pas grave, c’est que mon début de roman doit être nul à chier pour que personne ne s’y intéresse. Pas la peine de le poursuivre. Si une histoire se déroulant à Wavrin ne fait pas vibrer les wavrinois, ce n’est certainement pas un parigot qui va s’arrêter dessus.

J’en viens à la conclusion. Un écœurement qui m’a coupé dans mon élan. Je n’en veux pas à l’écriture, je n’en veux à personne d’ailleurs car ils m’ont aidé à en tirer la bonne leçon : Il ne faut rien espérer des autres pour se lancer. J’ai été naïf de croire à des mains tendues de leur part, ce qui est étrange car je suis d’un naturel incrédule. Ce qui compte maintenant, c’est de rebondir et à ce sujet, je suis plutôt optimiste.

Je change de vision, je vois maintenant l’écriture comme un loisir, je ne la vois plus comme une fin. Même si attention, cela ne m’empêchera pas de travailler l’aspect commercial de la chose. J’entends par là que je compte retravailler mes premiers bouquins, affiner le texte, revoir les couvertures pour les rendre plus vendeuses, et surtout pratiquer une politique de prix qui séduira à coup sûr les libraires qui auront véritablement envie de me distribuer. Car s’il y a bien un objectif qui ne change pas, c’est d’être lu.

J’en ai terminé avec cette bafouille. J’espère que cette prose n’a pas sonné de manière trop négative. Dans ma tête ces choses ne sont pas négatives, ce ne sont que des faits qui me permettent de mieux appréhender la vie de l’écrivain solitaire auto-édité. Et surtout, cela m’amène à relever de nouveaux défis. Bref, du bon en perspective !

Allez, sur ce, à bientôt ! Car mon petit doigt me dit que je posterai à nouveau ici dans un avenir proche.