Je viens d’apprendre la nouvelle via le sms d’un ami: Manu nous a quitté !

Inutile de vous souligner que cet article n’était pas prévu ; Je m’attendais à revenir alimenter mon blog d’auteur tout frais tout neuf en y annonçant la réception du précieux colis contenant mon premier livre. La mesure exceptionnelle (à mon petit niveau personnel) de l’événement me donne envie de publier un article ici de manière prématurée mais non sans plaisir.

Oui, j’ai bien dit ‘non sans plaisir’ ! Car cet homme aujourd’hui disparu est toujours là, quelque part dans mes pensées, il veille sur mes écrits tel un mentor invisible et bienveillant, je peux le sentir. Manu (en réalité il se nomme Emmanuel mais dans notre petite ville de Wavrin où il est connu comme le loup blanc, tout le monde l’appelle ‘Manu’) vivait sa 92ème année, ainsi la nouvelle de sa disparition ne résonna pas comme une surprise. Il le disait lui même très sagement : “A mon âge, je vis les jours les uns après les autres, on verra bien ce qu’il se passera.” Connaissant le personnage, je mettrais ma main à couper qu’il usait de cette philosophie de vie déjà tout jeune. Sa vie est une véritable saga pleine d’aventures.

Ecouter chacune de ses anecdotes était une véritable leçon d’histoire, mais pas n’importe quelle histoire, celle qui a été vécue, la belle histoire mêlant humanité, bonheur, douleur, sagesse… Depuis son expérience de jeune maquisard pendant la deuxième guerre mondiale jusqu’à sa longue carrière pour La Voix Du Nord. Cet homme m’a toujours impressionné de par sa vitalité : Avoir tenu son rôle de correspondant local de presse depuis sa retraite professionnelle jusqu’à ses 86 ans tout en s’adaptant aux outils informatiques, c’est exceptionnel.

C’est ce qui m’amène à vous parler de lui ici. Manu ressentait le besoin de passer le flambeau à quelqu’un d’autre. Sa santé déclinait et il était consciencieux : Il souhaitait préparer sa relève. Il diffusait le message à qui il pouvait bien croiser (c’est à dire beaucoup de monde à Wavrin) et cela arriva à mes oreilles. J’ai trouvé l’idée de cette expérience amusante, les perspectives qu’elle offrait étaient très riches. Cela allait être un moyen de découvrir de nouvelles personnes, de combattre ma timidité maladive et de me tester dans un monde de lettres qui m’avait toujours repoussé à l’école mais dont je me sentais de plus en plus curieux. Il me présenta au rédacteur en chef de l’agence locale du journal et c’est ainsi que débuta ma carrière d’homme de lettres. (une expression à prendre avec des pincettes, mes textes étaient très simples et n’avaient rien de particulier)

Manu me coachait, il m’avait pris sous son aile tout oisillon que j’étais. Il m’a appris beaucoup de choses sur l’écriture dans le milieu journalistique mais pas uniquement, il me donnait également de précieux conseils relationnels. En quelques mois, ma façon de rédiger avait beaucoup progressé, je recevais même parfois quelques compliments de la part de personnes pourtant extérieures à mon cercle de proches et d’amis. Cette étrange chose, -l’écriture- m’amusait. Je me souviens, c’est à cette époque que je commençais à m’imaginer écrire un texte au format roman. Manu était fier de moi. Il me le faisait savoir à sa façon.

Cette expérience ne fut pas longue (je consacrerai très certainement un ou plusieurs articles à ce sujet par la suite) mais très riche. Ce qui est d’ailleurs amusant, c’est que l’ami en question qui m’a prévenu de la disparition de Manu n’est autre que Greg, un écrivain wavrinois rencontré grâce au journal et devenu un ami. (là aussi, un futur article est à venir) C’est la rencontre avec ce dernier qui a fait de l’idée lointaine d’écriture d’un livre un objectif de vie.

Autrement dit, si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à Manu. Cette expérience partagée avec lui m’a ouvert au milieu de l’écriture. Si Manu n’avait pas existé, une autre voie m’aurait peut-être emmené au même point, toujours est-il que je lui en suis extrêmement reconnaissant. Je suis heureux d’avoir partagé ce bout de chemin avec lui. La vie est curieuse, il s’est éteint à quelques jours de la parution de mon premier livre, j’aurai tant aimé le lui apporter personnellement en lui confiant : ” Regarde Manu, c’est toi qui m’a amené à cette réalisation ! Merci pour tout. “. Coquin de destin !

Bon vent mon ami, repose en paix et merci pour tout !