Comme promis dans mon précédent billet, voici le premier d’une série d’articles présentant certaines de mes histoires figurant dans le recueil ‘Nouvelles de la surface’. Je ne les prendrai pas dans l’ordre du livre. Je vais vous présenter ‘Le papier stupéfiant’, une de celles pour lesquelles j’ai pris le plus de plaisir à écrire.

Même les écrivains ayant le plus d’imagination ne pourraient se targuer d’inventer la totalité de leurs scénarios sans un minimum d’influence ‘extérieure’. Ils puisent à droite à gauche, ils aménagent, ils transforment… Parfois il s’agit de légers détails, parfois ces éléments ‘importés’ impactent tout le récit. C’est logique, il est impossible de passer outre ce principe. ‘Le papier stupéfiant’ fait partie des nouvelles pour lesquelles j’ai ’emprunté’ certaines idées, certains thèmes, voire même certains personnages réels pour composer ma petite histoire sans prétention.

L’histoire se déroule dans un pays d’Amérique latine. Je n’ai pas précisé lequel car j’aime laisser un certain flou sur certains détails secondaires. (Je pense à vous mes chers lecteurs, cela vous procure matière à réfléchir, c’est comme un mini-jeu d’enquête en parallèle). Felipe – le personnage principal – est un ouvrier retraité plutôt altruiste. Il a l’habitude de retrouver ses anciens collègues dans un bistro toutes les semaines pour profiter très simplement de la vie. Lors d’un de ces rendez-vous, il va avoir un échange avec Espoir (notre fameux annor/génie des temps modernes qui arpente le Monde pour offrir certains pouvoirs à quelques personnes bien senties). Ce dernier va exaucer le souhait atypique du sud-américain: Il va lui offrir la capacité exceptionnelle de pouvoir réparer absolument tout objet cassé par simple imposition des mains. Je ne peux vous en dire plus sur ce qu’il adviendra alors du brave homme, vous vous doutez bien.

Je peux néanmoins développer à propos de l’envers du décor: L’idée de cette nouvelle m’est apparue un mercredi après-midi lors du traditionnel goûter chez papy et mamy. Car oui, j’ai beau avoir 31 ans, je continue à partager ce moment avec eux. J’adore ce rendez-vous hebdomadaire qui marque une pause en plein milieu de la semaine. Nous discutions tranquillement à trois de modernisme et fatalement, des différences entre ma jeunesse et la leur. Le dialogue a embrayé sur la difficulté de trouver du matériel qui dure. En d’autres termes plus érudits, nous avons débattu sur le concept ‘d’obsolescence programmée’. (L’excellente chaîne Youtube d’horizon-gull a réalisé une vidéo au sujet de ‘l’obsolescence organisée’, je vous invite à la regarder… Ainsi que les autres vidéos d’ailleurs, elles sont bien faites et très faciles à comprendre. Les thèmes sociaux abordés sont très bien traités.) Etant donné que j’adore inclure quelques idées/pensées de ce style dans mes écrits, je me suis dit « Eurêka, je vais écrire un texte sur un homme comme mon papy, issu du milieu ouvrier, très humain et qui déplore cette mode du ‘tout jetable’ ! ».

L’idée de base me séduisait, même si le pouvoir autour duquel la nouvelle allait être bâtie était peu enviable. Qui demanderait ce genre de souhait ? Le commun des mortels préférerait 100 fois savoir se téléporter, lire dans les pensées, ou être riche comme Crésus. Cela ne m’a pas découragé pour autant. Ce thème était original, j’allais me faire plaisir. Et quitte à se faire plaisir, il fallait le faire à fond. A cette période, je découvrais la série Narcos, de Netflix. Une série inspirée de la vie de Pablo Escobar, son ascension pour devenir le plus gros narco-trafiquant de la planète, puis sa traque par les autorités américaines et colombiennes. J’ai eu envie d’insuffler cette ambiance hispanique dans le récit. Cela tombait parfaitement bien, je voulais que le recueil renforce l’idée selon laquelle Espoir arpentait toute la surface du globe et ce dernier n’était pas encore allé en Amérique du Sud ‘civilisée’. (‘Trésor à discrétion’ se déroule au cœur de la Forêt Amazonienne.)

Ce n’est donc absolument pas fortuit si les personnages du récit vous rappellent vaguement Escobar, Guevara, Bolivar et autres Castro. Quant au personnage central de Felipe, je me suis inspiré de Jose Mujica (président de la république d’Uruguay entre 2010 et 2015), un individu que je trouve fascinant tant il dégage une aura incroyable de lucidité. Par ailleurs, j’ai glissé une authentique citation de lui dans le récit, je vous laisse la relever. 🙂

Une nouvelle de 27 pages ambiance ‘caliente’ avec comme sujet de fond la société de sur-consommation et l’influence dangereuse des médias de masse.