Le lendemain, samedi soir, à la salle paroissiale.

La surprise avait été totale. Hugo s’était préparé à fêter dignement ses 18 ans, mais chez lui et en présence de sa famille. Ses parents en avaient décidé autrement : ils avaient réservé une salle, mis toute la bande de copains de son lycée dans le coup, et loué les services d’un DJ. Tous les éléments étaient réunis pour combler le jeune homme. Même si la majeure partie de la population présente dans la salle était composée d’adolescents, l’assemblée comptait également des membres de la famille d’Hugo, dont le cousin. Ces derniers avaient insisté pour que l’ouverture des cadeaux ait lieu à minuit : il s’agissait visiblement de leur tradition. Il était maintenant l’heure pour lui de procéder à ce rituel.

Hugo ne se fit pas prier pour déballer un à un ses cadeaux. Un pull à la mode par-ci, un boxer tout autant à la mode par-là, une coque de téléphone portable, le dernier jeu vidéo violent sorti… Comme à son habitude, la palme de l’originalité revint à Nathan, qui offrit à son ami de longue date un cactus d’une soixantaine de centimètres. La découverte d’un tel présent avait bien entendu provoqué quelques réactions de part et d’autre. ‘Mais, c’est pourri !’ ou encore ‘Pfff, il est sérieux ! Quel débile !’. Vint alors le tour de la surprise de Mélissa. Quelques jours auparavant, Hugo s’était excusé auprès de sa belle rousse. Il ne lui avait pas pour autant avouée la vérité et le sujet des Justiciers n’avait jamais été évoqué. Ce qui importait par-dessus tout pour elle, c’était que leur histoire tienne bon, le reste était pour le moment bien accessoire. Cette affaire semblait repartir sur de bonnes bases. Le cadeau de Mélissa fut à l’image de ses espérances quant à leur avenir commun : elle lui offrit une chevalière. La vue de l’anneau gêna Hugo. Intérieurement, il prit peur. A ses yeux, cet objet symbolisait un lourd engagement. Il se fit malgré tout violence et sourit du mieux qu’il put pour camoufler un doute qui n’échappa nullement à sa petite amie. Un dernier cadeau l’attendait, et pas des moindres. Ses parents emmenèrent leur fils dans la cour de la salle ou une voiture l’attendait. Une belle petite citadine, le genre de véhicule que tout jeune rêve de posséder. Ses parents jouissaient d’un niveau de vie aisé, ils venaient de le démontrer une fois de plus. Cette fois, Hugo n’eut pas besoin de jouer la comédie, ce cadeau l’enthousiasma au plus haut point. Il regretta juste de ne pas encore avoir le permis.

Après quelques minutes passées dans la voiture à s’amuser à tester les différentes options, jouer avec les fards, les essuie-glaces et autres accessoires du même acabit, il regagna la salle suivi par tous les convives. L’un d’eux désigna un paquet cadeau qui était resté au sol, en retrait des autres. ‘Hugo, il en reste un là-bas !’. Il le saisit et le posa sur la même table où il avait déballé les autres il n’y a même pas dix minutes. Le paquet n’était pas étiqueté du nom de son généreux donateur. L’ensemble des personnes présentes dans la salle observait la scène, ils furent tous surpris, Hugo le premier de découvrir un carton de taille modeste contenant une betterave sucrière. Elle était sculptée de manière à laisser apparaître deux visages, un de chaque côté, à la manière de Janus dans la mythologie romaine. Le premier était souriant, le second était triste. Un frisson parcouru le corps tout entier du jeune adulte.