Quelques instants plus tard.

Un autre groupe – à la moyenne d’âge plus adulte – se précipita en direction de celui de Mélissa. L’homme de tête s’adressa aux adolescents :

« Nous avons entendu un cri, qu’est-ce qu’il s’est passé ? Tout va bien pour vous ?

– Oui, désolé pour le dérangement, nous avons juste deux gros comiques qui se sont amusés à me faire peur, clarifia Mélissa.

– Oh, ce n’est pas bien grave, au moins, ça nous a fait de l’animation. Pour le moment, nous n’avons pas trouvé la moindre trace de Petit Eugène, ajouta un second adulte. »

Alors que les deux groupes étaient sur le point de se séparer de nouveau pour continuer leurs recherches, Nathan releva la présence d’un individu qu’il n’avait pas remarqué au rassemblement de 19 heures. L’homme les avait certainement rejoints en cours de route. Son visage rappelait quelque chose à l’adolescent. Le voyant en retrait, portant un sac en bandoulière et griffonnant des choses sur un calepin, il se souvint : c’était le correspondant de presse. Nathan ne put s’empêcher de s’approcher de lui pour lui chuchoter :

« C’est vous qui écrivez pour le journal ?

– Oui mon garçon, je suis le correspondant wavrinois, mais tu peux m’appeler Michel, tout simplement. Se targua l’homme d’un ton sympathique mais un brin hautain.

– Wow, alors c’est vous qui avez écrit l’article sur Wavrin FM, s’émerveilla faussement Nathan. Vous avez rencontré Azur et Argent. Vous les connaissez, vous avez de la chance ! Comment ils sont ? Comment les avez-vous trouvés ?

– Euh… je ne peux pas te le dire. Tu sais, dans le milieu de la presse, il y a certaines choses qui sont confidentielles, et ici c’est le cas ! J’en suis désolé mon garçon.

– Ah… bon… d’accord. Tant pis alors… mmm… attendez Michel, vous avez parlé d’association dans votre article. Si cette radio était une simple association, je pourrais trouver les statuts quelque part, il doit bien y avoir des noms. Raisonna l’adolescent.

– Ce n’est pas exactement ça. Wavrin FM n’est pas une association déclarée comme c’est le cas – par exemple – du club de cyclo ou du club de basket. C’est un peu comme ton groupe de copains, vous êtes une association liée par l’amitié : vous passez du bon temps ensemble à vous amuser, vous partagez certainement des parties de jeux vidéo ou autre chose, mais aucun papier n’atteste de l’existence légale de votre activité, expliqua Michel.

– Donc, faire partie d’un groupe de potes est illégal s’il n’est pas déclaré ? Questionna Nathan d’un air grave.

– Heureusement, non ! Ce n’était qu’une image pour mieux t’expliquer le principe d’association. Bon par contre, tu devras m’excuser, mon groupe est reparti à la chasse, bonne chance à toi et à ton groupe. »

Michel rejoint son escouade repartie à la recherche de Petit Eugène. Il se parla à lui-même ‘Il était con ce gamin, comprendre que faire partie d’un groupe d’amis est illégal… ou alors j’explique mal les choses ? Non, il était juste bien con !’ De son côté, Nathan l’observait s’éloigner, en queue de file indienne. Le mouchoir à carreaux fixé sur la sangle du sac en bandoulière du correspondant de presse dansait au gré de ses pas. L’adolescent avait réussi son coup : il avait trouvé la cible de sa deuxième blague de la soirée. Il était comblé car le hasard l’avait fait rencontrer le personnage le plus à même de faire du bruit à partir d’un bout de tissu. Il ne lui restait plus qu’à patienter jusqu’au résultat… sauf qu’il eut une saute d’impatience. Il interpela l’homme :

« Michel ! Vous avez quelque chose d’accroché à votre sac !

– Mmm, hein, quoi ? S’étonna le correspondant de presse.

– Là, sur votre sac, on dirait un mouchoir, insista Nathan. »

Michel le saisit et le déplia. Il lut le message qui y était brodé : ‘J’étais derrière toi mais tu ne m’as pas vu !’ Cela ne le troubla pas outre mesure. Son premier réflexe fut de sentir le mouchoir. Une odeur de naphtaline en émanait. Il appela son groupe, Nathan fit de même avec le sien. Rapidement, les deux douzaines de chasseurs de fantômes se réunirent pour analyser la trouvaille. Un débat s’ensuivit : les arguments des crédules se confrontèrent à ceux des sceptiques. Pourtant au cœur de cette causerie improvisée, Michel demeurait silencieux. Il observait Nathan du coin de l’œil, lui aussi muet. L’idée selon laquelle l’adolescent y était pour quelque chose lui traversa l’esprit. Après tout, ce dernier avait monté une blague avec son ami pour effrayer la petite rousse, pourquoi n’aurait-il pas également préparé un canular de ce genre ? Son comportement trop attentiste devant le débat le rendait suspect. Avec quelques minutes de recul et sensible aux regards de coin de Michel, Nathan se dit qu’il aurait dû faire preuve de plus de patience.

La discussion se tarit et les différents protagonistes se mirent d’accord pour concentrer leurs recherches dans le périmètre que les adolescents couvraient jusque-là. Si Petit Eugène s’était amusé à déposer un mouchoir avant de se volatiliser, il ne devait pas être très loin. Médusé, Michel inspectait une nouvelle fois le mouchoir dans sa main. Il se parlait à lui-même intérieurement ‘Cette histoire est complètement absurde. Mais ce qui est encore plus absurde, ce sont ces gens en train de chercher l’homme invisible ! C’est à croire que plus c’est gros, plus ça passe ! Enfin, voyons le bon côté des choses, j’ai matière pour un bon papier.

Aux alentours de 20h15, la battue cessa. Les différents groupes se rejoignirent peu à peu pour rentrer. L’histoire du mouchoir apparu sur le sac de Michel mit du baume au cœur de tous ceux pour qui la traque ne fut qu’une simple retraite aux flambeaux. Alors que la centaine de wavrinois quittait le parc de la Dêule, Nathan planchait déjà ses prochaines chroniques. Cette sortie atypique lui avait beaucoup plu, il ne comptait pas s’arrêter en si bon chemin.