Quinze jours plus tard, un mercredi vers 18h30.

‘ Ça y est, ça commence ! ’ Indiquait le téléphone portable de Réjane. Le SMS provenait de Nathan. A peine rentré chez lui, ce dernier n’avait pu s’empêcher de scruter d’éventuelles retombées vis-à-vis de leur troisième émission animée sur Wavrin FM. En premier lieu, il avait visité la page Facebook de la ville : une publication toute fraîche lui avait immédiatement donné le sourire. Trois membres de ce groupe étaient en train de témoigner à propos de leur expérience d’auditeur. Les retours semblaient enthousiastes et instantanément, ils éveillèrent la curiosité de bon nombre d’autres utilisateurs. L’adolescent pu suivre en direct les effets du bouche à oreille sur internet. La nouvelle commença à se propager à allure plus soutenue. Tout cela grâce à La Tige, il était le seul à savoir, il était le seul à diffuser l’information.

Les commentaires relayaient – avec leurs mots – les différentes chroniques dispensées par les deux animateurs énigmatiques de l’émission : Azur et Argent. En les lisant, Nathan fut surpris de constater que le ton décalé de ses propos radiophoniques n’était pas toujours interprété à sa juste valeur. Peut-être était-ce dû au zeste de crédulité naturelle de l’Homme, toujours était-il que l’anecdote sur l’or nazi caché quelque part dans le parc de la Deûle faisait des émules. Bien entendu, cette rumeur n’était que pure imagination. Le contraire était difficile à croire : les nombreux aménagements réalisés il y a plus de quinze ans pour rendre cette zone propice aux ballades auraient déjà mis à jour ce genre de secret. Mais non, ce genre d’évidence ne sautait pas aux yeux de tout un chacun. Ce type de réaction fit réfléchir Nathan. Il eut soudainement envie de tenter une expérience. Peut-être pas pour la prochaine émission, mais pour très bientôt, il s’en délecta par avance.

L’adolescent n’était pas le seul à analyser la discussion entre internautes autour de cette attraction wavrinoise naissante. De chez lui, Michel n’en ratait aucune miette. Il faisait partie de ce cercle restreint d’auditeurs de la première heure mais il préférait demeurer muet. Le quarantenaire était seul dans sa pièce aménagée en bureau. Il réfléchissait à voix haute :

« Bon… Je m’en doutais, c’est un truc qui va prendre… C’est même déjà en train de prendre. Il faut que je la joue fine sinon ça va me passer sous le nez…

Avec les Justiciers, j’ai raté le coche. Quand j’ai proposé ce sujet à l’agence, c’était trop tôt, ils m’ont ri au nez. Quand je suis revenu à la charge après leur deuxième sortie, c’était trop tard, un crétin de journaliste m’avait coiffé au poteau.

Pas évident ce statut de localier, je comprends mieux pourquoi l’agence galère autant à en trouver. C’est payé une misère et on n’a pas beaucoup de place pour s’exprimer.

Bon, si je veux faire un papier sur ce drôle de délire de Wavrin FM, il va falloir que je filoute. Comment pourrais-je faire ça ? Ah mais oui, je vais déguiser ça en article sur une nouvelle association culturelle locale. Ils n’y verront que du feu. S’ils me relisent, ils accepteront quand même de le publier : ils adorent quand nous – leurs petits toutous – mettons en valeur les petites gens, ces textes les rendent humains, c’est vendeur. Ils sont cons ces journaleux… Et moi encore plus de m’être lié à eux ! Mais bon, ça changera, nous verrons qui sera le toutou quand j’aurai réussi ! »

Michel – le correspondant local de presse wavrinois – dégaina son téléphone et contacta son agence de presse. Il ne patienta pas plus de cinq secondes avant de raccrocher. ‘ Je suis con, il est plus de 18h heures, je vais tomber directement sur le débile qui est de garde ce soir. ’ Plutôt que d’attendre le lendemain. Michel entama directement l’écriture de son article dédié à Wavrin FM. Il broda autour de ce qu’il savait d’eux, c’est-à-dire pas grand-chose. Il ne risquait rien. Il s’était renseigné : il savait que la radio était illégale, ses animateurs avaient tout intérêt à rester camouflés. Il put ainsi s’amuser à relater de fausses déclarations, même si rien de vraiment négatif. Ce qui l’intéressait par-dessus tout dans cette démarche à moitié honnête, c’était d’être lu. Il était animé par un besoin de reconnaissance. Le plaisir qu’il prenait à valoriser ses semblables par le biais de ses articles était malsain. C’était grâce à lui que les autres étaient valorisés et il en jouait.

Il avait l’intuition que Wavrin FM allait faire du bruit et il comptait bien en tirer avantage. Comment ? Il l’ignorait en partie, mais il avait des certitudes quant à un projet à long terme qui lui tenait à cœur. Bien utilisé, cette histoire de radio locale pourrait faire office de tremplin idéal.