Pendant ce temps, dans la chambre d’Hugo.

Le comportement excessif de Mélissa commençait à lasser Hugo. Ce dernier avait une fois de plus disparu de la circulation. Après 5 jours sans donner le moindre signe de vie, il lui avait proposé de venir s’expliquer chez lui. Ce qu’elle accepta sans hésitation : à peine une dizaine de minutes plus tard, elle était là.

Avant de rejoindre l’amoureux qui lui causait tant de tracas à l’étage, elle avait tenté de récolter quelques informations auprès de sa mère lorsqu’elle lui avait ouvert la porte d’entrée. Une entreprise vaine. Si sa mère était sympathique, elle n’en était pas moins laxiste et permissive. Les jours d’absence injustifiée au lycée de son garçon en était la preuve. Il avait dû inventer un nouveau bobard pour ne pas se rendre à l’école et sa mère l’aurait écouté.

Dans la chambre du jeune homme, l’ambiance était froide. Les retrouvailles n’avaient engendré nulle effusion de tendresse, pas même un petit bisou, rien du tout ! Hugo était allongé sur son lit, au-dessus de la couette, il gardait un œil sur son écran plat fixé sur le mur d’en face : une rediffusion d’un match du LOSC dont il était un fervent supporter. Mélissa s’était déblayée une place dans le canapé envahi des dernières fringues portées par l’adolescent. La chambre d’Hugo était spacieuse, un véritable mini-appartement. Assise, Mélissa déballa son sac avec son tact très relatif :

« Alors c’est comme cela que tu conçois une relation ? Profiter des bons moments puis disparaître pendant plusieurs jours ? Si je n’avais pas insisté, combien de temps aurais-tu mis avant de te rappeler que j’existe ? Et ne me sors pas d’excuse à la con. Si tu réussis à faire gober à ta mère que tu es malade, tant mieux pour toi, mais il me faudra plus pour croire ces conneries. Surtout qu’être malade n’a jamais empêché personne d’envoyer un texto à sa chérie pour la prévenir. C’est bien le minimum ! Non, il y a un autre problème et tu ne veux pas m’en parler. Maintenant j’attends tes explications. Si tu ne veux plus de moi, aie au moins le courage de me le dire ! »

Hugo toussa faussement. Mélissa n’était pas dupe, elle avait bien compris qu’il se forçait à tousser. Il paraissait en parfaite santé. Après de longues secondes de silence, le garçon prit la parole d’une voix artificiellement éprouvée :

« Tu penses que je mens ? Quel intérêt j’aurais à te mentir ? Et puis si je voulais casser avec toi, je te l’aurais déjà dit depuis un moment. Je suis juste dans le dur en ce moment niveau santé. Il ne faut pas chercher plus loin que ça. Je suis désolé si tu te fais des idées. Tu dois me croire ! »

Ces propos ne convainquaient aucunement Mélissa. Le regard de cette dernière – jusqu’alors focalisé sur son amoureux – s’affaissa et se déporta en direction du tas de vêtements qui partageait le canapé. Elle l’inspecta visuellement pendant un court instant, puis elle se permit d’y glisser la main discrètement : elle profita qu’Hugo était absorbé par une occasion de but. Elle entrevit un détail qui mit un terme à quelques-uns de ses doutes. Elle ressortit sa main du paquet de fringues puis s’adressa à son petit ami d’un ton plus doux :

« Mmm, c’est vrai que des fois je m’emballe un peu trop vite. Disons que j’aurais juste préféré que tu me préviennes. La prochaine fois, essaie de le faire, ça prend quelques secondes et ça m’évite de m’inquiéter et de me taper des films.

Mon pauvre doudou, vu que tu es malade en ce moment, tu n’es peut-être pas au courant de ce que tes anciens amis ont fait.

– Mes anciens amis ? De quoi tu parles ? Interrogea Hugo.

– Les Justiciers Wavrinois, ils ont collé une raclée à un groupe de racaille qui foutait le bordel devant l’église, informa la jolie rousse.

– Nan ! Pas vrai ! Comment ont-ils fait ça et quand ?

– La semaine dernière dans la nuit de jeudi. Ils ont débarqué en bagnole, les ont encerclé et les ont canardé avec des grenades lacrymogènes et des armes de paintball. Tu n’étais pas au courant ?

– Wow, eh ben ! Ils ne déconnent pas eux ! Euh, nan, je ne le savais pas, je t’assure, attesta Hugo.

– Ah vraiment ! Alors explique-moi ça ! Ajouta t-elle sèchement. »

Mélissa plongea les deux mains dans le tas de vêtements posé sur le canapé et en ressortit un blouson. Hugo reconnut tout de suite le blouson qu’il avait porté pour la dernière fois lors de la virée punitive au sein des Justiciers : le fameux soir de la partie de paintball. Une tâche de peinture verdâtre trahissait sa présence lors de cette rixe. Hugo ne pouvait plus mentir, il était démasqué.

« Bon d’accord, oui, j’y étais ! Tu ne peux pas m’en vouloir pour ça. Crois-moi, ces connards méritaient largement de se faire dérouiller, confessa Hugo.

– Mais pourquoi m’avoir menti ? Objecta l’adolescente.

– Car tu ne semblais pas approuver, tout simplement. Et puis… Je ne voulais pas que tu t’inquiètes pour moi, il n’y a pas de risque, l’équipe est bien préparée, il n’y a quasiment pas de risque.

– Pas de risque pour l’instant, jusqu’à ce que vous tombiez sur des mecs armés, s’inquiéta Mélissa.

– En attendant, nous rendons service à la ville, tu devrais être fière de moi. Avec ce groupe je suis enfin quelqu’un. Je m’y sens bien !

– Je devrais être fière de toi ? »

Mélissa reposa le blouson sur la pile de fringues. Les deux tourtereaux dont la passion rencontrait une période de tourments se regardèrent droit dans les yeux durant un long instant. Puis la jeune femme saisit à nouveau le blouson pour mieux l’enfouir parmi les autres vêtements.